"Avant, le Belge avait l'image du con": Plus de vingt artistes de notre pays seront au Festival d'Avignon, un pont vers la France
La Fédération belge des professionnels de l'humour (FBPH) soutient nos humoristes qui vont se produire au Off d'Avignon cet été. Objectif ? Construire un pont (ça ne s'invente pas !) entre nos cultures belgo-françaises.
- Publié le 05-07-2025 à 11h45
- Mis à jour le 05-07-2025 à 11h46

À l'heure où la truculente comédie de boulevard "Avignon" (avec les excellents humoristes Alison Wheeler, Baptiste Lecaplain et même une apparition de la famille belge Gillis réputée pour leur show "Mozart vs Mozart") est au cinéma, la Belgique sort le grand jeu cette année pour le Festival Off.
Reconnu lors de la cérémonie des Molières en France et désormais aussi en Belgique grâce au combat de la Fédération belge des professionnels de l'humour (FBPH) qui compte désormais plus de 230 membres, l'humour se fait désormais une place de choix dans la cité des Papes dès le 5 juillet jusqu'au 26 juillet. Et, cette année, ce sont plus de vingt artistes belges qui performeront du côté du Off (pour une quarantaine de spectacles noir, jaune et rouge sur sur 1724 shows au total) dont beaucoup tentent même leur première fois en Avignon.
À commencer par Martin Charlier du Grand Cactus, en suicidaire dans La Belle imprévue. "Un contre-emploi qui lui va très bien car il a une sensibilité énorme", dixit Catherine Jandrain, soeur de l'animatrice télé Fanny Jandrain, auteure de la pièce. Mais aussi Antoine Donneaux, Claude François (si, si) ou encore Sofia Syko (avec son personnage de quinqua qui dérange dans une ère de 2025 où tous les codes ont changé), Sylvie VDS et GiZèle (fondatrice du Festival Poilant). Mais on en passe. Car il y a aussi de vraies découvertes.
Pour les autres (Nico en vrai, Edgar Kosma, Zora, Kostia, Greg Genart, l'ovni Etienne S. ou encore la famille Gillis, le clown Elastic, Quentin Vana et le duo Okidok), ils en sont parfois déjà à leur cinquième Avignon. Sans parler du recordman de la discipline (sa pièce "Faites l'amour avec un Belge" a été jouée plus de 456 fois au Festival), alias Michael Dufour, qui en est à sa 29e édition. Il revient dans la Cité des papes pour casser les codes du théâtre avec son "Coup de pelle" et... reconstruire le pont d'Avignon.
Les Belges en liberté
Pour les suivre (même à distance) et avoir toutes les infos sur leurs spectacles, rien de plus simple, ils ont créé un Instagram des Belges à Avignon (@belavignon). Sinon sur place, dans leurs théâtres respectifs ou via la vitrine mise en oeuvre par la FBPH et le théâtre belge d'Avignon, Episcène, dirigé par Jeannine Horion. Le lieu propose en effet trois plateaux "Les Belges en liberté" afin de découvrir nos talents made in Belgium. Les trois lundis (7 mais aussi 14 et 21 juillet, jours de fête nationale française et belge !) à 14 h 15. Au menu ? Un extrait de leur show à Avignon pour mettre le public en appétit sur la pluralité de notre humour. Avec, pour maître de cérémonie, Freddy Tougaux. Qui en est, lui, à son deuxième Avignon.
"L'année dernière, je parlais déjà du rapport entre la France et la Belgique, entre les Français et les Belges, nous glisse l'ex-comédien du Grand Cactus. J'ai donc résolument centré le spectacle sur ce voisinage truculent qui nous lie. 'Hein' parle de tous les points communs qui nous séparent et de toutes les différences qui nous unissent." Car Freddy Tougaux l'assure, cette guéguerre franco-belge existe et il s'en amuse. "Un Français quand il se retrouve devant un Belge, il ne sait pas, il ne comprend pas. Il se dit: 'est-ce que ce mec est vraiment un génie ou est-il totalement con ? C'est souvent la deuxième théorie l'emporte. Et, nous, ça nous va bien (sourire). Les Français n'ont pas connu les années septante ou nonante mais bien soixante-dix et quatre vingt dix, c'est pour ça qu'ils ont vingt ans de retard sur l'autodérision (sourire)!"
Y-a-t-il un avant et un après Avignon?
Freddy Tougaux. "Oui, évidemment. Parce que des programmateurs viennent te voir. Tu as des promesses qui sont tenues et d'autres qui ne sont pas tenues. Mais ce n'est pas un passage obligé. Tu peux tout à fait faire autrement pour trouver des dates en France. Tu peux avoir quelqu'un, un agent qui fait la promotion pour toi et qui va un peu partout. Avignon reste toutefois un outil efficace, une superbe vitrine. Tout le monde est là. Et, puis, il y a l'envie de le faire. Il y a du plaisir. Mais c'est vraiment un gros taf et tu ne peux pas relâcher. Quand tu es là, tu es à 100 %. Autant dans le tractage, en rue, que quand tu es sur scène. Tu ne peux pas te dire, aujourd'hui, je vais la jouer soft."
Surtout qu'Avignon, c'est un budget de 10.000 euros minimum par personne...
Catherine Jandrain. "Je ne pense pas que ce soit un passage obligé. Mais, si on veut faire tourner le spectacle et sortir de la Belgique, évidemment. C'est aussi une opportunité de rencontrer du monde. Je pense que c'est quelque chose à faire au moins une fois dans sa vie. J'étais très contente aussi de permettre aux comédiens d'y aller."
Sofia Syko. "J'appréhende Avignon. J'appréhendais à la minute où j'ai décidé de le faire. Mais, de ne pas le faire, pendant quelques années, c'était devenu culpabilisant. Je m'en voulais. Je me disais : non, je me sens pas prête. L'inconnu, le budget, savoir par où commencer. Est-ce que j'ai ma place ? Suis-je crédible ? Est-ce que j'ai assez de matos ? Est-ce que ce sera convaincant ? Il faut se dire qu'on est à zéro et que si on se retrouve à 10, 20 ou 30 personnes dans la salle, c'est bien. Il faut faire le taf. C'était maintenant ou jamais."
Avez-vous cette impression qu'il faut encore, malheureusement, aller en France pour faire décoller sa carrière ?
S.S. "C'est une idée préconçue du Belge. Tu te dis que dès tu es à Paris, tu as réussi. Alors qu'en Provence, tu es d'autant mieux accueilli, avec des salles beaucoup plus importantes et avec des budgets beaucoup plus sympathiques que Paris. Il y en a qui ont fait de belles carrières sans passer par Paris ou par la France. Mais c'est nécessaire d'y aller quand même un peu. À un moment donné, en Belgique, tu as fait le tour. Avec ton spectacle, tu as fait 100 dates maximum."
F.T. "On en connaît plein qui ont fait une très belle carrière sans passer par la France. Une reconnaissance publique. Maintenant, pour une reconnaissance nationale ou professionnelle, tu dois passer par Paris. L'exemple de Poelvoorde, de François Damiens, Yolande Moreau ou encore Virginie Efira, Virginie Hocq et Natacha Régnier. Elle, elle s'est fait virer de l'Insas où on lui disait qu'elle ne serait jamais comédienne. Avant de rafler un César et un prix au Festival de Cannes. La vitrine est six fois plus grande que chez nous. C'est pour ça qu'Avignon est intéressant."
Les Belges auraient-ils la cote en Avignon ?
F.T. "Il y a une vague belge qui est là depuis un petit moment. C'est notamment Benoît Poelvoorde qui a lancé cette vague. Parce qu'auparavant, on avait plutôt l'image que les Belges étaient des cons. La fameuse blague de Coluche ou des blagues belges. Même si celles-ci viennent des Belges, à la base. Mais cette vague belge continue à être tendance. Le Belge était un peu une étrangeté pour le Français. Et, tous les ans, il y en a avec une nouvelle belgitude qui débarque. L'humour belge, il n'y a pas de recette. La belgitude, c'est un Rubik's Cube avec des milliers de facettes. Et tu as des combinaisons impossibles. Quand tu compares François Pirette, Guillermo Guiz ou Laura Laune, cela n'a rien à voir. Mais ils ont tous cette fibre qu'on appelle l'humour belge. Qui est pluriel. On ne se pose pas la question de ce qu'est l'humour belge. Nous, on le fait. Et on ne se rend pas compte de ce que c'est. Mais, à Avignon, il ne faut surtout pas se reposer sur ses lauriers. Si tu veux que les gens s'intéressent à toi, intéresse-toi d'abord à eux. Donne-leur les clés pour te décoder. Et tous les Belges ne réussissent pas en France. François Pirette ou Laurence Bibot (maman d'Angèle et Roméo Elvis, NdlR.) ont eu du mal."
