Marilyn Monroe, Humphrey Bogart, Clark Gable… Des stars d'Hollywood décédées et subitement ressuscitées dans la BD bien barrée "Frankenwood"
Cette semaine une histoire de banlieue et de boxe ; un héros de guerre prépubère ; un western violent ou encore une journaliste inventée par Franquin qui obtient sa propre série.

- Publié le 31-05-2026 à 12h31

Deux fois par mois, nous vous parlons et présentons des nouvelles BD qui atterrissent dans les rayons des librairies. Toute une série d'aventures pour adultes, jeunes et ados à découvrir. Faites votre choix et surtout… prenez le plaisir de lire !
La BD crochet du droit : c'est entre les cordes que l'on se révèle !
"Entre les cordes" chez Casterman. Seydou et Elias, deux adolescents, grandissent dans la cité d'Aubervilliers. Un soir, en rentrant du métro, ils sont témoins d'une agression. Seydou tente de venir en aide à la victime, mais celle-ci refuse brutalement son aide. Quelques jours plus tard, Seydou est lui-même agressé par un garçon plus grand que lui. Pour apprendre à se défendre et canaliser leur colère, mais aussi pour muscler leur corps et plaire aux filles, Elias lui propose de s'inscrire dans un club de boxe…
Ce que l'on en a pensé. Premier essai BD pour Rakajoo, anciennement Baye-Dam Cissé, qui fut membre de l'équipe de France de MMA et boxeur d'élite nationale. Ce sportif s'est ensuite reconverti en peintre contemporain. Il signe un thriller social plongé dans le réalisme urbain de banlieue. Un bon polar aux dessins attirants et sombres. Tout est réuni pour une bonne histoire : des truands violents, des politiciens véreux, des jeunes qui ont soif de revanche et de s'en sortir. Et cette chorale est rassemblée sur le ring de la vie, entre les cordes… Une entrée en matière ambitieuse, généreuse qui n'évite pas des trous d'air dans le scénario et affiche des limites graphiques. Mais, on attend la suite !
La BD western violent : quand la racine est mauvaise…
"Graine de vaurien" chez Grand Angle. À Salina, petite ville de l'ouest des États-Unis, les enfants jouent aux cow-boys pendant que la ville s'apprête à rendre sa justice. Mais ce jour-là, le jeu va trop loin. Ce qui devait rester une farce devient un drame, puis un secret impossible à effacer. Les années passent, l'Ouest se durcit, et les enfants d'hier deviennent des adultes que tout oppose…
Ce qu'on en a pensé. Ce très bon western tragique, brutal et psychologique est signé par l'auteur bruxellois Kid Toussaint qu'on a déjà connu du côté de Dupuis ainsi que de Casterman. Cette grande fresque est magnifiée par les dessins de Miss Prickly grâce à qui on suit sans peine l'évolution physique des personnages. La violence omniprésente dépeint un far-west peu scrupuleux et sans fard romantique. Un genre qui, d'un point de vue artistique, n'en finit pas de renaître de ses cendres. L'innocence de l'enfance, perdue en l'espace de quelques minutes, est le point de départ de cette excellente histoire. Culpabilité et violence héritée sont les deux colts qui pendouillent le long de la ceinture de ces gamins devenus "grands" trop vite.
La BD héros de guerre : l'histoire du plus précoce sergent de l'armée des États-Unis !
"Héros de guerre : Johnny Clem" chez Grand Angle. À l'aube de la Guerre de Sécession, Johnny Clem a neuf ans et pleure sa maman disparue tragiquement. Son père, seul avec trois jeunes enfants, va refaire sa vie. Autour d'eux, le monde s'agite. Les volontaires de l'Union, exaltés, se précipitent à l'appel du Président Lincoln. C'est cette nouvelle famille que Johnny va se choisir. Celle qui part pour les champs de bataille et les plus terribles boucheries d'une guerre fratricide.
Ce qu'on en a pensé. On aime beaucoup cette série "Héros de guerre" proposée chez Grand Angle. Pour chaque album, les auteurs sont allés chercher un soldat complètement oublié aujourd'hui mais qui s'est distingué par des actions incroyables sur le terrain. Le premier tome "Albert Roche" était sorti en 2024 et parlait d'un héros méconnu de la Première guerre mondiale. Début avril, la maison d'édition faisait paraître les tomes deux et trois en même temps : "Johnny Clem" et "Audie Murphy". La première histoire concerne un gamin perdu dans la guerre de Sécession. À douze ans à peine, entourés d'hommes mûrs, sa bravoure lui vaudra ses galons de sergent et le surnom mythique de "Johnny Shiloh". Au-delà de l'histoire unique, il y a surtout celles d'un enfant qui s'est jeté corps et âme dans la folie des hommes devenant la mascotte malgré lui de divers régiments. Ses yeux d'enfants assistants aux pires atrocités, aux mutilations les plus abominables de la grande boucherie américaine du 19e siècle. Une plongée dans l'histoire intéressante et une narration que nous qualifierions de classique mais efficace et direct.
La BD foirage complet : quand des malfrats jouent et gagnent (très) peu !
"Dortmunder : Bank Shot (tome 1)" chez Air Noir. John Dortmunder prépare son prochain gros coup. Tout cela serait simple si notre héros n'avait pas la poisse… Car bien sûr, avec Dortmunder, les choses dégénèrent toujours très vite.
Ce qu'on en a pensé. Encore une belle entrée dans la collection Air Noir chez Dupuis. Cette première adaptation des romans de l'Américain Donald E. Westlake consacrés au cambrioleur John Dortmunder est réussie. On y retrouve toute l'ambiance des années 1970 et l'humour de Westlake accompagné par les dessins au graphisme rétro pop de Jesús Alonso Iglesias ("Judee Sill"). "Bank Shot" est l'adaptation d'un roman publié en 1972 sous le titre "Comment voler une banque". Roman également adapté au cinéma en son temps avec Robert Redford dans le rôle principal. On part sur des gangsters plus rêveurs que réellement effrayants, de l'humour noir avec des dialogues au rasoir et des personnages poissards au final attachants. Vraiment, ce projet de vouloir voler une banque provisoire installée dans un mobil-home. C'est l'idée du siècle… Dans la même veine que Parker, sorti aussi chez Dupuis il y a quelques mois.
La BD bien barrée : des stars d'Hollywood décédées et… ressuscitées
"Frankenwood" chez Dupuis. Los Angeles, 1963. Un détective privé qui ressemble comme deux gouttes d'eau au légendaire Humphrey Bogart se voit confier par un sosie parfait de Marilyn Monroe l'enquête la plus insolite de sa carrière : enquêter sur la mort mystérieuse d'un certain George Reeves, autrefois l'interprète de Superman à la télévision. La piste du crime le conduit vers un étrange établissement baptisé "The Castle" qui réanime les acteurs défunts à la demande de mystérieux commanditaires…
Ce qu'on en a pensé. Le très expérimenté duo Darko Macan (auteur) et Igor Kordey (dessins) s'en est vraiment donné à cœur joie. Sincèrement, n'essayez même pas de cataloguer cet ovni, cela s'annonce compliqué… Attention, la BD "Frankenwood" est totalement barrée et recouvert d'une bonne couche d'humour noir comme on l'aime. Tout commence d'ailleurs par un coup de téléphone suivi d'une discussion surréaliste qui donne immédiatement le ton. On glisse direct vers le polar hollywoodien sur courant alternatif et le fantastique. Le lecteur y croisera des icônes du cinéma américain : Bogart, Monroe, Hitchcock, Gable, Hardy… Ils sont les divers personnages de ce petit délire d'auteurs. Le dessin très puissant d'Igor Kordey donne encore une dimension particulière à ce parc d'attractions déjanté. Une satire qui ne dépareillera pas dans votre bibliothèque. Est-ce que cela s'adresse d'office à une génération qui serait à même de reconnaître les stars d'un coup d'œil ? Pas certain…
La BD nostalgique : Seccotine a aussi droit à ses propres aventures
"Une aventure de Seccotine : Mystère à Champignac (tome 1)" chez Dupuis. Elle est journaliste, intrépide, piquante… et a besoin d'une petite pause : c'est Seccotine ! Loin des aventures de Spirou et Fantasio, elle décide de ralentir et de se mettre au vert. Champignac-en- Cambrousse s'impose alors comme le refuge idéal. Mais à peine installée, la journaliste se retrouve entraînée dans une affaire de disparitions d'animaux….
Ce qu'on en a pensé. Créée par Franquin dans Le journal de Spirou, Seccotine est un personnage secondaire important de la BD franco-belge que l'on a souvent croisé. Il aura fallu plusieurs décennies pour que Dupuis décide de lui offrir sa propre série, du moins trois tomes qui sont actuellement annoncés. Ce premier volet est directement lié au tome 57 de Spirou, "La mémoire du futur", dans lequel Seccotine jouait un rôle important. Si ce "Mystère à Champignac", raconté par Elric et dessiné par Sophie Gerrive, respecte le cahier des charges comme il devait déjà l'être dans les années 1970, l'intrigue se déroule bel et bien de nos jours. L'emballage est d'époque, le récit d'aujourd'hui ! Et cela a un côté rassurant au final mais sans l'effet de surprise. Les fans de l'univers imaginé par Franquin y trouveront assurément leur compte. Pour les plus jeunes lecteurs, ce sera comme piquer au hasard une BD dans la bibliothèque de "Bon-papa".

À signaler encore trois autres sorties cette semaine : "Hippie Papy", "Sukima" et "La compile de Dad : cuisine familiale".
"Hippie Papy" chez Grand Angle. Ancien notaire et hippie depuis 1967, Honoré est l'inverse de son fils François-René, notaire conformiste, et de sa belle-fille Diane, obsédée par le statut social et le patrimoine. L'arrivée de Kiaan, fils indien qu'il a adopté autrefois, fait voler en éclats l'équilibre familial.
"Sukima" chez Casterman. Dans ce manga, l'étudiante Yang Yang, pour échapper à la douleur d'un deuil et au mal-être d'une relation amoureuse toxique, quitte Taïwan pour le Japon dans le cadre d'un échange universitaire. Au contact des résidents hauts en couleur de sa pension, la jeune femme construit sa vie d'adulte entre aspirations amoureuses et engagement politique.
"La compil de Dad : cuisine familiale" chez Dupuis. Ce succulent best of est composé du meilleur des gags de Dad et de ses filles consacrés à la cuisine ! Au menu : de l'humour et de la tendresse.