Sauver le Rockerill mais à quel prix? Charleroi défend son lieu culturel unique face au refus de permis et aux difficultés budgétaires
Stop ou encore ? C'est la question posée au conseil communal de Charleroi par le chef de groupe MR-IC Jean Noël Gillard pour la rénovation du Rockerill.

- Publié le 20-10-2026 à 06h00

En séance publique du conseil communal ce lundi, le chef de groupe MR-IC Jean-Noël Gillard est revenu sur les déboires rencontrés par le projet de rénovation du Rockerill : "le permis a été refusé par le fonctionnaire technique de la Région wallonne, décision confirmée par le ministre wallon Desquenes en charge de l'Urbanisme, notamment en raison de la proximité d'un site Seveso." Si la Ville envisage un recours devant le Conseil d'État, il n'existe à ce jour aucune garantie sur la concrétisation de cet investissement.
Comme il l'a rappelé, la Ville a pris option sur l'acquisition du bâtiment à hauteur de 305 500 euros. Avec le marché d'études, la rénovation pourrait atteindre près de 6 millions d'euros.
Au-delà des difficultés juridiques, ce projet pose selon lui la question des priorités, dans un contexte budgétaire tendu. Sacrifier le Rockerill à d'autres investissements immobiliers, notamment les écoles ?
Pas encore propriétaire
Pour Julie Patte, renoncer serait une perte pour la vie culturelle carolo. La Première échevine en charge de la Culture rappelle que le Rockerill, installé depuis 2005 dans les anciennes forges de la Providence, attire plus de 20 000 visiteurs par an.
Sa programmation électronique et alternative, ses résidences, son studio et son label soutiennent la création tout en attirant un public international. Le lieu a notamment accompagné l'émergence de La Jungle.
Mais défendre son rôle ne suffit pas à financer sa rénovation. Mahmut Dogru, échevin des Bâtiments, précise que la Ville n'est pas propriétaire du site. L'accord de principe du 24 juin 2024 reste soumis à une condition : recevoir, lors du marché de travaux, au moins une offre valable ne dépassant pas l'estimation de 5,4 millions d'euros TVAC.
Or, le collège a suspendu la publication du marché pour des raisons budgétaires. L'échevin revendique la priorité donnée aux écoles et aux crèches. La mission du bureau d'études a également été mise au frigo en février dernier. Les seules dépenses consenties atteignent 267 300 euros pour les esquisses, l'avant-projet et le projet soumis à l'octroi d'un permis.
Contestation
Au verrou financier s'ajoute celui du risque industriel. Selon Tanguy Luambua, échevin de l'Urbanisme, le fonctionnaire délégué avait rendu un avis favorable, y compris sur le plan d'évacuation Seveso. Le refus découle de l'avis du fonctionnaire technique, fondé sur celui de la cellule Risques d'accidents majeurs du SPW, en raison de la proximité d'Industeel Belgium.
La Ville conteste le classement du projet parmi les équipements accueillant un public à vulnérabilité aggravée. Elle plaide pour la catégorie des lieux fréquentés par le grand public. Elle souligne aussi que le risque a diminué depuis 2014, alors qu'un permis avait été accordé à l'époque sous conditions.
Ces arguments n'ont pas convaincu la Région. Dans son nouvel avis du 29 juin, la cellule Risques d'Accidents Majeurs (RAM) maintient une appréciation prudente, motivée par une jauge portée à 1 940 personnes, soit 23 % de plus. Elle reconnaît la baisse du risque estimé, mais la juge insuffisante pour le rendre acceptable.
La cellule précise que les conditions du permis de 2014 provenaient d'autres instances : son avis était déjà négatif. Le ministre rappelle qu'un permis antérieur ne lie pas l'administration pour une nouvelle demande.
Un recours au Conseil d'État est en préparation. Le conseiller juridique de la Ville en rédige une première version, axée sur la motivation de la position retenue par la cellule spécialisée. Ce recours devrait être déposé le mois prochain.