Fusion des Communes | Les "petits" ne voulaient pas de la fusion à Vielsalm: "Vielsalm va prendre nos bois et nous abandonner"
Voilà 50 ans, pour les anciennes communes, c'était la peur de perdre son patrimoine notamment forestier au profit de Vielsalm
- Publié le 20-10-2026 à 06h01

Dans ses mémoires, celui qui a été le "père des fusions" Joseph Michel, parle d'une "rébellion politique" lorsqu'il évoque cette fusion à Vielsalm. En fait, derrière ses écrits, il épingle surtout la personnalité du bourgmestre de l'époque, le socialiste Marcel Remacle.
Cette personnalité au caractère bien trempé est restée, aussi, dans les souvenirs de nos témoins de l'époque. Parmi ces derniers, Charles Legros, observateur attentif, depuis des décennies, de la vie et de l'histoire locale.
À l'époque, ce Salmien enseignait à Stavelot mais se souvient très bien du climat, notamment à Grand-Halleux: "A Grand-Halleux, on ne voyait pas d'un très bon œil la fusion avec Vielsalm. Grand-Halleux avait des bois, Vielsalm peu. Le sentiment était que Grand-Halleux allait perdre au profit de son voisin. Dès lors, avant que la fusion ne soit effective, la commune de Grand-Halleux a débuté des travaux dans sa commune, notamment la construction de la plaine de jeux. L'idée était de conserver son patrimoine sur son territoire ! Garder les bois était l'idée maîtresse suite à ces travaux."
Charles Legros avance également que du côté de Grand-Halleux, "on pensait que son bourgmestre, Lekeu, deviendrait celui de la commune fusionnée. Cela ne sera pas le cas."
Le ministre Michel, lui, évoque pour Grand-Halleux, une consultation populaire et ses résultats partagés. "Elle n'avait pratiquement donné aucun résultat utile, un tiers choisissant le rattachement à la province de Liège, en l'occurrence Trois-Ponts, un autre tiers choisissant une petite fusion rurale et le dernier tiers étant favorable à Vielsalm", écrit-il.
Un comité de section en 1979 !
À Petit-Thier, on avait le souvenir vivace. En effet, plus de 125 ans avant la fusion, la commune s'était détachée de Vielsalm. En cause ? Le sentiment d'abandon des "bonbons", surnom des habitants de Petit-Thier, de la part de la "métropole."
L'histoire allait-elle se répéter ? Fils d'un conseiller communal de Petit-Thier et lui-même ancien échevin de Vielsalm, Joseph Remacle souligne que "cela avait fait un remue-ménage. Nous étions favorables à une fusion de petites communes, pas à une fusion avec Vielsalm. Nous considérions leurs habitants comme hautains. Cela n'était pas la folle volonté d'aller avec Vielsalm, c'est un euphémisme. Et puis il y avait Marcel Remacle. Évidemment, on ne lui était pas favorable à la maison. À dix ans, je lui dessinais des moustaches !"
Le sentiment "d'abandon" s'est ressenti au cœur de la population: "En 1979, se sentant abandonnée, dans l'ancienne commune, avaient été organisées des élections avec une seule liste. Le but ? Constituer un comité de section pour porter la voix de notre ancienne commune."
Bihain et les petites communes
Dans un autre coin de l'actuelle commune, Michel Detaille, à Bihain, se remémore également cette période d'avant-fusion dans ce qui était une municipalité à part entière: "C'était surtout la question du financement des projets qui était sur la table. Le sentiment était que tout allait aller à Vielsalm et que nous n'aurions plus rien."
L'idée dès lors se centre vers le rassemblement, de plusieurs petites entités aux caractéristiques identiques. Cette option est défendue par un allié de choix en la personne d'Aimé Gillard, député permanent jusqu'en 1974. "Son idée était la fusion de plusieurs petites communes avec notamment Les Tailles, Manhay, Dochamps." son siège devant être à la Baraque de Fraiture. "Il a essayé mais bon. Il était PSC, comme le bourgmestre de Bihain et le ministre Michel qui organisait ces fusions."
Joseph Michel qui, toujours dans ses mémoires, souligne que "Bihain voulait un ensemble de 10 000 habitants au moins."
La réponse de Michel Detaille ? "Totalement faux, c'était le contraire."