Diego Maradona sera toujours éternel
Miraculé d'une vie qu'il n'a jamais épargnée, surdoué du ballon rond, Diego Maradona, qu'on surnomait El Pibe de Oro quand il enchantait les stades, a suivi un itinéraire hors norme, comme ses qualités sur le terrain. Portrait…

- Publié le 25-11-2020 à 18h03
- Mis à jour le 25-11-2020 à 23h30

De son vivant, il a déjà connu le paradis, l'enfer aussi. Côtoyant les cimes du Nirvana parfois, les bas-fonds de l'abîme souvent.
Diego Armando Maradona reste, et restera, l'un des footballeurs les plus magiques de l'histoire du ballon rond, mais les fêlures de l'homme ont souillé le mythe. À l'heure du bilan de sa vie, les images de ses dribbles magiques, de ses buts d'anthologie, de ses trophées brandis se brouillent avec celles du footballeur toxico, puis du clown bouffon, difforme, exhibant sa déchéance physique comme un appel à l'aide, qu'il était devenu tandis que le monde basculait dans le XXIe siècle. Entre fulgurances sportives et vulnérabilités intérieures, El Pibe de Oro n'a jamais été un footballeur, un homme, comme un autre...
C'est d'ailleurs un miracle que la grande faucheuse ait attendu ses 60 ans, tant l'Argentin a frôlé la mort. Dieu – encore lui... – lui aura permis de voir ses 60 ans, comme une... main tendue vers l'éternité. Il était écrit que Diego Armando Maradona irait au bout de son destin. En ce 25 novembre 2020, le gamin des bidonvilles touché par la grâce footballistique, ressuscité tant de fois d'entre les morts, a rejoint définitivement les étoiles. Itinéraire d'un enfant gâté par dieu...
Né dans un bidonville
Le Pibe naît à Lánus, le 30 octobre 1960. Ses parents, Diego (don Diego) et Dalma Franco (dona Tota), lui donneront deux frères (Raul et Hugo) et cinq sœurs (Ana, Rita, Elsa, Rosa et Claudia). À Villa Fiorito, bidonville des faubourgs de Buenos Aires, la famille Maradona vit dans la misère. Un cadeau, non pas venu du ciel mais des mains d'un oncle, va changer leur vie. Pour ses trois ans, le petit Diego Armando reçoit de son tonton une pelota, un ballon de cuir et d'oxygène. Un présent prédestiné, que le gamin ne lâchera plus : l'astre de cuir l'ouvre à la transcendance.
Dix ans plus tard, Goyo Carrizo, un ami de Diego Sr, conscient du talent de l'aîné de la famille, affectueusement surnommé Pelusa, l'invite à un entraînement des Cebollitas (les... Petits Oignons), les jeunes du club local, Argentinos Juniors. Une révélation. Naissance d'un prodige. Francisco Cornejo, le coach, l'embrigade immédiatement, et le soigne... aux petits oignons. Son équipe restera invaincue 136 matches durant. La télévision argentine se déplace même à Villa Fiorito. On y voit Diego jongler, en noir et blanc, sur un terrain de cendrée, non loin de maisons de fortune. Au journaliste, l'insouciant lance : "J'ai deux rêves : jouer la Coupe du Monde avec l'Argentine... et la gagner !" La légende Maradona est née...
Son premier paradis contre les... Diables
Son rêve ultime, il va le réaliser en 1986, après avoir atteint une première étape en 1982. Diego est trop jeune pour aider les Albicelestes à remporter leur Múndial, en 1978. À 17 ans alors, il a déjà pourtant de nombreux matches de D1 derrière lui : il n'avait même pas 16 ans lorsque, le 20 octobre 1976, il dispute son premier match officiel avec Argentinos Juniors, contre Talleres de Cordoba. Les exploits de Daniel Passarella, d'Osvaldo Ardiles et de Mario Kempes lors de la Coupe du monde 1978, Maradona les vit, avec envie. Il est déjà international (il a fêté sa première sélection le 27 février 1977, à 16 ans), mais César Luis Menotti, le sélectionneur, l'estime encore trop frêle pour la phase finale argentine. Diego se vengera un an plus tard, quand, fier capitaine, il soulève la Coupe du Monde des moins de 20 ans.
En 1982, el Pibe de Oro a 21 ans, et est, depuis deux saisons, la star de Boca Juniors à qui il a offert le titre. L'Espagne accueille le Mondial, et la future vedette du Barça, qui a mis 12 millions de dollars sur la table pour l'acheter. L'histoire retiendra que c'est contre la... Belgique que Maradona dispute son premier match de Coupe du Monde : son premier paradis contre les Diables ! La défaite est au rendez-vous, et si l'Argentine passe le premier tour, elle sortira sans gloire du second, comme son meneur de jeu, exclu pour une agression sur le Brésilien Batista. Frusté par la défaite, Diego décoche, au milieu du terrain, un coup de pied dans le ventre du Carioca, et quitte le Mondial, tête basse.
Lors de ce Múndial 82, le génie a, déjà, laissé entrevoir son côté obscur, qu'il mettra en lumière à Barcelone : habitué des boîtes de nuit catalanes, où il avouera plus tard avoir pris goût à la cocaïne, Diego Armando Maradona vécut très mal son éloignement des terrains suite à une agression de Goikoetxea, exécuteur final des malfrats de la Liga, qui ont mis un contrat sur les chevilles de l'Argentin. El Pibe de Oro quitte sans chagrin Barcelone et son championnat. Sur un nouveau coup de sang, et de kung-fu : lors de la finale de la Copa del Rey contre l'Athletic Bilbao, le Roi se fait guerrier, au cours d'une bagarre générale d'anthologie, avec toujours ce même pied gauche, précis, dans le bas-ventre de quelques Basques…
Mexico 86, son chef-d'œuvre
Maradona va trouver sa quiétude au pied du Vésuve. Naples l'accueille, le chérit, l'idolâtre. "Je vais devenir l'idole des enfants pauvres de cette ville, parce qu'ils sont comme j'étais, petit, à Buenos Aires", lance-t-il, à son arrivée, en 1984, quand plus de 70.000 supporters lui souhaitent la bienvenue, au stade San Paolo.
Sous le maillot azzurro, l'Argentin sera céleste, étincelant. Il offre au Napoli, deux Scudetti, une Coupe d'Italie (un doublé) et une Coupe de l'Uefa. Si le terrain de foot avait été échiquier, Maradona aurait été à la fois le Roi mais aussi le Fou : il porte l'équipe, et rend dingue ses adversaires. Son chef-d'œuvre, il le sait, sera pour sa nation.
En 1986, au Mexique, il réalise son rêve ultime : offrir la Coupe du Monde à son pays. Insaisissable, il crucifie, à lui tout seul, l'Angleterre, avec un but d'anthologie et le coup de main de Dieu, puis notre pauvre Belgique, et parachève sa légende d'un assist décisif, en finale, contre la RFA. L'Argentine tient une nouvelle divinité. Diego Armando Maradona est l'égal des Carlos Gardel, Eva Peron ou Ernesto Che Guevara, Mythes populaires.
L'histoire aurait pu ne retenir que cette image. L'histoire aurait pu, aurait dû, s'arrêter là...
Naples a façonné le champion, elle va réveiller le volcan qui sommeille en lui. Lentement, mais sûrement. En 1990, Maradona, bientôt trentenaire, parvient à hisser l'Argentine en finale de la Coupe du monde italienne, mais s'il a brillé lors de la demi-finale... napolitaine face à... l'Italie, il passe à côté de l'apothéose, et l'Allemagne prend sa revanche.
Quelques mois plus tard, el Pibe de Oro est contrôlé positif à la cocaïne. Le début de la fin sportive. Snif! il ne jouera plus jamais pour Naples...
Après une suspension de 15 mois, Maradona tentera de se relancer, à Séville d'abord, puis au pays. Sans grand succès. Il parvient néanmoins à décrocher sa sélection pour la World Cup 94. Il y disputera deux matches, marquera un but, ses derniers sous le maillot albiceleste : contrôlé positif, il est exclu de la compétition.
Ressuscité d'entre les morts
En 1997, Maradona raccrocha ses crampons mais pas la drogue. Boulimique suicidaire, consumée par des excès en tous genres, el Diez va défier la mort. Overdose de cocaïne et de pilules amaigrissantes, accident cardio-vasculaire... son décès fut même déjà annoncé alors par certains médias. Mais Diego ressuscita d'entre les morts, grâce à Dieu. Vidé de sa raison d'être depuis sa retraite footballistique, il s'érigea à nouveau en sauveur de la nation lorsqu'il fut appelé au chevet des Albicelestes avant le Mondial 2010.
Le petit garçon de Villa Fiorito caressa alors un nouveau rêve : offrir une nouvelle Coupe du monde à l'Argentine. Il avait les moyens d'y parvenir, mais le nouveau Messi, son successeur, ne posa pas – encore – son empreinte sur la compétition, comme le fit Diego en 1986.
Et Maradona quitta, la mort dans l'âme, son nouveau costume de sélectionneur...
Qu'importe ses dérives, l'Argentine continuait de vénérer irrationnellement son idole.
"Maradona, pour n'importe quel Argentin, c'est un nom sacré", évoque Lionel Messi. "Dans le foot, il n'y a rien au dessus ou à côté", continue le génial lutin de Barcelone : "Ce que Diego a fait pour l'Argentine, on ne peut le comparer à rien. Ce n'est pas du ballon, c'est de l'art. Porter ce maillot, pour nous autres Argentins, c'est une très grande fierté, mais avoir été dirigé par Maradona, c'est un très grand honneur..."
Depuis septembre 2019, après des expériences d'entraîneur, sans succès, aux Émirats, en Biélorussie et au Mexique, Maradona entraînait chez lui, à La Plata, au Club de Gimnasia y Esgrima, en D1 argentine. Ses récents problèmes de santés l'avaient fait manquer le début de saison. De là-haut, il veillera désormais sur ses ouailles...
Adieu Diego, accouplement prédestiné de Dieu et... ego.
Son palmarès de joueur
- Né le 30 octobre 1960 à Lanús (Argentine)
- Argentino Juniors (1971-81); Boca Juniors (1981-82); FC Barcelone/Esp (1982-84); SSC Naples/Ita (1984-91); FC Séville/Esp (1992-93); Newell's Old Boy (1993-95); Boca Juniors (1995-97).
- Vainqueur Coupe du Monde 1986.
- Finaliste Coupe du Monde 1990.
- Vainqueur Coupe du Monde Espoirs 1979.
- Vainqueur de la Coupe de l'Uefa 1989.
- Champion d'Argentine 1981.
- Champion d'Italie 1987 et 1990.
- Vainqueur de la Coupe d'Espagne 1983.
- Vainqueur de la Coupe d'Italie 1990.
- Meilleur buteur du championnat d'Italie 1988 (15 buts).
- International argentin à 91 reprises (35 buts)