Sa fortune, les fans rouches, Charleroi-Standard... Duchatelet se confie à la DH
Ce soir, Roland Duchâtelet retrouve le Standard, son ancien club, au Stayen.
- Publié le 27-12-2016 à 06h43
- Mis à jour le 27-12-2016 à 09h51

Ce soir, Roland Duchâtelet retrouve le Standard, son ancien club, au Stayen. Lorsqu'il reçoit, Roland Duchâtelet opte pour la simplicité. La taverne du Stayen sert de décor pour préfacer une rencontre qui reste, quoi qu'il arrive, particulière à ses yeux. Ce mardi soir, ses Trudonnaires accueilleront le Standard, où il a passé quatre années pour le moins particulières. "Je reste encore un petit peu supporter des Liégeois, c'est normal après y avoir passé tant de temps", avoue-t-il. Entre deux bières, un morceau de poulet et des pommes de terre, le président de Saint-Trond nous a accordé un entretien de nonante minutes. Avec un temps additionnel pour les photos, bien entendu.
Quel regard portez-vous sur la rencontre de ce mardi ?
"Bien entendu, ce sera un match un petit peu spécial pour moi. Mais je suis certain qu'il sera passionnant, avec une belle ambiance dans les tribunes. J'en suis d'autant plus certain que le Standard développe du beau football en ce moment, même lorsqu'il est privé de joueurs comme Alexander Scholz ou Matthieu Dossevi. Le club a réalisé une belle campagne de transferts."
Puisque vous en parlez, il y a eu plusieurs mouvements entre le Standard et Saint-Trond. Une rumeur dit que tout cela était prévu dans le processus de vente entre Bruno Venanzi et vous ?
"Je vais répondre très simplement : les dirigeants liégeois ont décidé d'acheter ces joueurs (NdlR : Edmilson Junior, Jean-Luc Dompé) parce qu'ils en avaient envie, tout simplement. Il ne faut pas chercher d'autres raisons. Aujourd'hui, tout le monde a bien compris que le Standard a fait une excellente opération en achetant Junior, qui évolue à un très haut niveau. Et Jean-Luc Dompé est aussi très intéressant."
Lors du dernier mercato, vous avez indirectement fait un joli cadeau à votre ancien club suite à la vente de Michy Batshuayi.
"C'est un fameux coup ! J'avais toujours dit à Bruno Venanzi que c'était un dossier susceptible de ramener de l'argent au club. Les négociations n'avaient pas été simples mais finalement cette somme d'argent (NdlR : quatorze millions d'euros) est tombée au meilleur des moments. D'ailleurs, Bruno Venanzi m'a passé un coup de téléphone pour me remercier lorsque le transfert a été bouclé."
Vos relations se sont donc réchauffées ?
"Il y a eu quelques petits problèmes au début et, très honnêtement, je regrette cette période. Je pense que tout cela était dû à l'ambiance extérieure. Depuis lors, nous nous sommes expliqués et il n'y a plus aucun problème entre nous. Nous avons tout intérêt à entretenir de bonnes relations et nous nous téléphonons de temps en temps."
Que pensez-vous de ses débuts comme président ?
"J'ai l'impression qu'il gagne en efficacité dans la gestion du club. Initialement, j'avais quelques doutes à ce sujet car j'estimais qu'il était un petit peu trop impatient. Personnellement, je n'aurais jamais viré Slavo Muslin aussi rapidement. Il a agi comme un président-supporter. À mes yeux, la rencontre face à Molde, qui a été la dernière du coach serbe, était de très bonne facture. Bruno Venanzi commence à faire du bon travail, notamment au niveau du recrutement. J'ai également apprécié la décision qu'il a prise suite aux incidents à Charleroi (voir par ailleurs) . Je n'y aurais pas pensé moi-même mais cela a permis d'élever le niveau du débat."
Pensez-vous que votre présidence aurait été différente si vous aviez été champion avec Guy Luzon ?
"Très certainement. Malheureusement, cet entraîneur n'a jamais été apprécié par les supporters, alors qu'il réalisait de grands exploits. Certaines personnes prenaient un malin plaisir à se moquer de lui car il était très actif sur son petit banc. L'entraîneur actuel du Standard, qui est peut-être très bon, ressemble à une statue et je ne pense pas que ce soit bon pour un tel club. Le Standard a besoin d'un coach un petit peu dynamique, comme l'était par exemple Yannick Ferrera."
Avez-vous une idée de ce qu'on dira de votre présidence liégeoise dans dix ou vingt ans ?
"Il y a deux types de président. Tout d'abord, ceux qui sont des supporters mais aussi de bons gestionnaires et, ensuite, ceux qui sont des gestionnaires mais savent rester les pieds sur terre. Je pense appartenir à cette deuxième catégorie."
Être un gestionnaire peut également signifier penser uniquement au profit.
"Ceux qui pensent qu'on gagne beaucoup d'argent dans le football se trompent. Chaque année, je devais combler une perte d'exploitation de dix millions d'euros en vendant des joueurs. Je n'ai pas gagné une fortune au Standard, équilibrer un investissement est très compliqué."
"Je n'ai jamais rien imposé à un coach"
Il dénonce toutes les accusations d'ingérence de ses anciens entraîneurs.

Le mois dernier, Chris Powell, l'ancien coach de Charlton, a dénoncé l'intervention de Roland Duchâtelet dans son travail. Un procédé que Mircea Rednic avait appuyé quelques jours plus tard. Le président trudonnaire rejette ces accusations d'ingérence.
Chris Powell (Charlton) : "Reprendre un club représente un gros investissement. Avec mon équipe, nous avions étudié Charlton à tous les niveaux et remarqué que certains réservistes étaient meilleurs que les titulaires. Nous lui avions également offert quelques joueurs du Standard que nous connaissions très bien; il était donc logique que nous lui donnions quelques explications. Pour un entrepreneur comme moi, il est incompréhensible que quelqu'un ne puisse pas tenir compte des conseils qu'on lui donne. Avec lui, nous prenions moins d'un point par match tandis que son successeur, José Riga, en a pris un et demi. Avec le même matériel et donc les soi-disant très mauvais joueurs du Standard."
Ron Jans (Standard) : "J'ai une énorme admiration pour lui car il a appris le français en seulement quelques semaines. Nous avons eu pas mal de malchance au niveau des résultats et nos amis de la Tribune (NdlR : l'émission de la Une ) ont commencé à dire que notre équipe manquait de qualité. Tout le monde a pris cela comme une vérité et même les joueurs ont eu des doutes sur le réel potentiel du groupe. J'ai compris que je ne pouvais plus garder Ron Jans lorsqu'il m'a expliqué que cette équipe manquait de qualité. Je ne pouvais plus aller à la guerre avec un général qui ne croit pas en ses soldats. Sans cela, je l'aurais gardé et il a prouvé par la suite qu'il était un excellent entraîneur."
Mircea Rednic (Standard) : "Ce n'était pas malin de sa part de dire que je lui avais donné une composition d'équipe. Je l'avais rencontré avec Jean-François de Sart et, à ce moment, il ne connaissait rien du Standard car il était encore en poste en Roumanie. Nous avions pris quelques heures pour lui décrire le profil de tous nos joueurs et soumis quelques suggestions car il y avait déjà un match à Genk deux jours plus tard. J'ai décidé de me séparer de lui lors d'un match à Anderlecht durant les playoffs. Il avait construit une équipe sans attaquant et, pour la première fois de la saison, il avait aligné Jelle Van Damme sur le flanc gauche et lancé Zié Diabaté au poste de back gauche. Il avait également mis un Roumain qui ne valait rien au cœur de la ligne médiane."
"Je suis opposé aux huis clos"
Selon Roland Duchâtelet, seuls les supporters coupables de débordements doivent être punis.
Comme tous les amateurs de football, Roland Duchâtelet est resté sans voix face aux incidents qui ont, au final, stoppé la rencontre entre Charleroi et le Standard.
Qu'avez-vous pensé en suivant ce match ?
"Que quelque chose d'anormal se passait. Voir des supporters jeter des objets sur le gardien adverse alors que leur équipe mène au score, c'est du jamais vu. Maintenant, qui peut, aujourd'hui, affirmer qu'il y avait uniquement des supporters des deux équipes dans les tribunes ? Lorsque j'étais président, je me souviens d'incidents entre hooligans et forces de l'ordre. Le bourgmestre de Liège m'avait finalement dit que ces soi-disant supporters n'avaient rien à voir avec le Standard. Pour en revenir au match qui nous intéresse, tout le monde était bien conscient qu'il allait y avoir des incidents, cela a peut-être attiré des fans d'autres équipes, uniquement présents pour troubler l'ordre public."
Est-il possible d'endiguer un tel problème ?
"À mes yeux, il n'existe qu'une seule sanction : punir les fauteurs de trouble. Tous les clubs de l'élite doivent disposer de caméras en suffisance qui peuvent filmer tous les spectateurs présents dans le stade. Cela devrait même être une condition obligatoire afin de décrocher sa licence. Et lorsqu'un coupable est repéré, il convient de le punir sévèrement. Ces gens-là doivent rester chez eux !"
Là, nous parlons des supporters. Mais les clubs doivent-ils être punis ?
"Je suis contre cette décision de retirer les points aux deux équipes. Et je suis également opposé au huis clos. Il n'y a pas de football lorsque les tribunes sont vides. Si j'étais encore le président du Standard, j'aurais également été en appel, comme l'a fait Bruno Venanzi. Ce qui s'est passé dans le stade n'était pas sous le contrôle de la direction et le règlement n'a plus de raison d'être. Il faudra le revoir pour la saison prochaine."
Pourtant, vous vous êtes opposé à la décision du Standard de ne pas autoriser ses supporters à effectuer le déplacement jusqu'à Saint-Trond.
"Nous voulions qu'ils viennent au Stayen et si le Standard en avait décidé autrement… ils seraient quand même venus. D'autant que les fans liégeois et ceux de Saint-Trond entretiennent de bonnes relations. Mais je le répète, la décision de la direction principautaire était compréhensible."
"Nous devons aussi être punis"
Le 29 octobre dernier, la rencontre entre Saint-Trond et Charleroi (2-2) a également dû être interrompue suite à des jets de fumigènes. "J'étais dans les tribunes et on ne voyait plus rien. Seul l'arbitre a décidé de continuer, peut-être voyait-il encore le ballon… Finalement, il a stoppé le match quelques minutes plus tard mais, dans l'ordre logique des choses, aucun point n'aurait également dû être distribué. Si cette règle s'applique à Charleroi-Standard, cela doit également être le cas pour nous car, à un moment, il n'était plus possible de jouer au football."
"Je suis moins pris par le foot qu'au Standard"
En mai dernier, Roland Duchâtelet a repris son rôle de propriétaire de Saint-Trond.

Même s'il a opéré, en mai dernier, son grand retour à Saint-Trond, Roland Duchâtelet a pris un peu de recul par rapport au football. "Ou en tout cas moins qu'au Standard", précise-t-il.
L'homme d'affaires est régulièrement occupé par ses autres entreprises et n'a pas peur de déléguer le rôle de président à des personnes de confiance. Dans le Limbourg, ce rôle a été confié à sa compagne, Marieke Höfte, par exemple. "L'ancien président, Bart Lammens, souhaitait se retirer mais il n'est jamais évident de trouver des repreneurs. Il a eu des contacts avec des entrepreneurs asiatiques, allemands ou encore espagnols mais, pour un étranger, il n'est jamais évident de s'accoutumer à une nouvelle culture, une nouvelle manière de fonctionner."
Roland Duchâtelet a donc décidé de venir au secours d'un club qu'il affectionne tout particulièrement. Pourquoi ? Tout simplement parce qu'il correspond davantage aux valeurs qu'il défend. "Ici, c'est réellement un club convivial, où les supporters continuent à faire la fête même lorsque nous perdons une rencontre. Le Standard est plus un club ambitieux et doit d'ailleurs le rester, dit-il. Vous vous souvenez de l'incident de la vidéo (NdlR : il avait été aperçu en train de danser à Saint-Trond après une défaite du Standard) ? Cela a été vu comme une catastrophe à Liège alors qu'ici, personne n'aurait vu quelque chose de bizarre. Les gens viennent faire la fête, partager un bon moment."
Un rôle qu'il compare à celui dévolu, autrefois, à… l'église catholique. "La messe du dimanche permettait à tout le monde de se rassembler et de se retrouver par la suite pour boire des chopes. Cela s'est un petit peu perdu; désormais, c'est le football qui a repris cette fonction. Ce sport a un rôle social à jouer. Des personnes qui n'ont pas le temps de communiquer durant la semaine peuvent se retrouver autour d'une passion et discuter autour d'un verre."
À septante ans, il ne compte pas se retirer de ce monde. "Dans mon réseau, il y a des dirigeants dans chaque club qui s'occupent de la gestion quotidienne. Personnellement, j'interviens assez rarement, sauf lorsque mon expérience peut constituer un atout. Pour le moment, j'essaye simplement de profiter d'un club qui est très sympa… et moins compliqué que le Standard."
"Un fan ne doit pas choisir l'entraîneur"
Selon lui, les supporters du Standard sont un petit peu trop intrusifs.

S'il savoure son retour à Saint-Trond, c'est également parce que le club local est beaucoup plus calme que celui rencontré en bord de Meuse. À la fin de son mandat, les supporters liégeois n'hésitaient plus à manifester leur mécontentement. "Je ne pense pas que cette fracture remonte à mon passage là-bas. Même lorsque Lucien D'Onofrio était en poste, il y a eu plusieurs actions du même genre", explique Roland Duchâtelet.
L'ancien président des Rouches avoue avoir été surpris par le pouvoir que peuvent prendre certains supporters dans la gestion quotidienne du club. "Une partie du stade pensait pouvoir choisir l'identité d'un nouvel entraîneur ou les joueurs que nous devions transférer. À mes yeux, c'est l'un des problèmes majeurs de ce club. Théoriquement, un supporter se rend au stade pour rencontrer des amis, pas pour s'opposer à sa propre direction et lui dicter ses décisions. Ils ne connaissent pas tous les éléments qui entrent en ligne de compte quand nous décidons d'engager un nouveau coach, par exemple."
Par contre, Roland Duchâtelet réfute l'idée qu'il s'est sans cesse opposé à son public.
"Ce que peu de gens savent, c'est que ce sont les supporters qui ont décidé de l'aménagement des coursives de la T3", assure-t-il. "Ils ont eu une liberté pratiquement totale à ce niveau. Tout comme je n'ai jamais essayé d'intervenir dans leurs animations car ils sont bien mieux qualifiés que moi pour mettre de l'ambiance dans un stade."
"Mon réseau de clubs existe encore"
Lors de son passage au Standard, Roland Duchâtelet a pris le soin de créer un réseau de clubs (Iena, Alcorcon, Ujpest, Charlton) qui a régulièrement alimenté les conversations. "Il continue à très bien fonctionner. Dakonam Djene vient d'Alcorcon et Jorge Pulido a été repéré par un scout espagnol. Tout cela a donc pleinement profité à Saint-Trond, même s'il est possible qu'un joueur effectue le trajet dans le sens inverse."
Il a également embauché plusieurs personnes chargées de superviser le réseau et d'en assurer le bon fonctionnement. "Malheureusement, nous ne pouvons pas nous réunir autant que nous le souhaiterions à cause de l'emploi du temps des entraîneurs, qui sont sans cesse occupés. Mais des meetings et des échanges par courriels ou téléphone se tiennent entre d'autres fonctions plus disponibles, comme les scouts, par exemple."
Ce projet constitue une exception dans le football belge. Ce qui explique certainement pourquoi il a été si difficilement accepté. "Je me suis toujours dit que ce serait une bonne solution de compter plusieurs clubs pour fonctionner comme une entreprise normale. Cela nous permet aujourd'hui de créer des passerelles et d'échanger des idées."