Ces anciens footballeurs pros qui jouent chez les amateurs (3/5), avec Anthony Sadin : Le gardien Viking devenu défenseur central en P3
L'ancien gardien de l'Union, du RWDM et de Virton s'est reconverti en tant que joueur de champ à Saint-Mard, en P3.

- Publié le 16-04-2026 à 15h19

Gardien emblématique de l'Union Saint-Gilloise et puis du RWDM, Anthony Sadin a quitté la capitale en 2023 pour s'installer à l'autre bout de la Belgique dans la région de Virton dont il a défendu les cages durant une saison. Il a ensuite tenté l'aventure au Luxembourg mais les choses se sont mal terminées pour lui à Hesperange. Après plus d'un an sans club, Anthony Sadin a rechaussé les crampons, mais pas les gants, à Saint-Mard, club de P3, en tant que… joueur de champ.
Une nouvelle vie sportive bien loin du monde professionnel qu'il a côtoyé durant près de 15 ans, qu'il a subie, plus qu'il n'a choisie. "Je suis resté un an et demi sans jouer à cause de défauts de paiement avec mon club au Luxembourg. Après un combat juridique avec l'aide du syndicat des joueurs, la FIFA m'a donné gain de cause. Mais quand ça vous arrive à 35 ans, ça devient tout de suite compliqué car on vous oublie vite dans le monde du foot. Et puis j'avais décidé de m'installer dans la région de Virton, qui reste assez pauvre en termes de clubs évoluant à l'échelon national. Mais avec deux enfants, dont l'arrivée de la petite dernière, vous réfléchissez différemment. Je n'avais plus en vie de faire de longues routes, de faire payer mes absences à la famille. Car entre les entraînements, les matchs, les mises au vert et les décrassages, c'est l'entourage qui trinque. Après un an et demi d'inactivité, j'ai donc décidé de reprendre uniquement pour le côté passionnel du sport car ça me manquait tout simplement", explique-t-il.
Anthony Sadin s'est donc engagé à Saint-Mard, en P3, dans le club de son village. "Je connais le président et j'avais envie de retrouver le plaisir simple du football. J'ai trouvé un travail en tant qu'éducateur dans une école spécialisée et le football est redevenu une simple passion. J'ai retrouvé tout ce qui me manquait en haut de l'échelle, à savoir le côté bon vivant des gens où chacun est là pour s'amuser, pour chanter ensemble et pas pour tirer dans les pattes du voisin afin de jouer à sa place."

Le plaisir simple de jouer au football. "Les joies du football du dimanche après-midi, avec le manque de maillots et tous les petits détails qui l'accompagnent. Le plaisir de partager un casier après l'entraînement où vous refaites gentiment le monde ensemble, ce qui n'était plus possible dans un vestiaire pro où chacun retourne chez soi, sans vraiment prendre le temps de connaître son équipier."
En rejoignant le football amateur, Anthony Sadin a également délaissé ses gants de gardien de but. Le dimanche, il ne prend plus place entre les perches mais bien au cœur du jeu. Le gardien est devenu défenseur central. "Je m'étais toujours dit que je terminerais ma carrière dans le jeu même si je pensais que ça arriverait un peu plus tard, sourit-il. C'est un rôle complètement différent de celui de gardien mais je le trouve plus représentatif du football."
J'ai retrouvé tout ce qui me manquait en haut de l'échelle.
Même s'il enfile encore de temps en temps les gants. "J'avais dit en début de saison que j'étais d'accord de rendre service au but et c'est ce que je fais en dépannant de temps en temps. J'ai aussi donné entraînement aux gardiens durant la préparation."
S'il n'est jamais passé inaperçu sur un terrain de football lorsqu'il était à l'Union et au RWDM de par son style atypique, Anthony Sadin a retrouvé une forme d'anonymat en troisième provinciale. "Je ne pense pas que mes adversaires me reconnaissent. Il n'y a aucune pub sur le fait que je joue. Saint-Mard est un club qui ne fait pas de vague. Je ne sais pas encore la veille contre qui je vais jouer. J'imagine que les adversaires ne font pas une fixation sur ma présence ou non."
Je m'étais toujours dit que je terminerais ma carrière dans le jeu.
Entre le passage du monde professionnel à celui du football amateur et son changement de positionnement sur le terrain, le corps d'Anthony Sadin a également dû s'adapter. "J'ai eu un peu de mal à reprendre, surtout mentalement après les problèmes que j'ai eu au Luxembourg. Et puis je me suis retrouvé asthmatique aussi. J'ai été fort étonné de me retrouver confronté à ça surtout quand vous avez l'habitude de faire du sport tous les jours. Il a donc fallu que mon corps digère tout ça mais heureusement, mon expérience et mon vécu au plus haut niveau m'ont permis de m'adapter assez facilement à ces changements."
Sadin le guide
En tant qu'ancien professionnel, Anthony Sadin sait qu'il a aussi un rôle de guide à jouer dans le vestiaire. "C'est un rôle que le président souhaitait que j'endosse quand j'ai signé au club, que ce soit avec le groupe mais aussi envers lui qui me pose parfois des questions. Je donne de nombreux conseils aux joueurs et je peux apporter des correctifs grâce à mon vécu. J'ai un œil avisé après avoir passé 15 ans à faire la même chose et je relève des choses qui passent inaperçues. La vitesse de jeu est moins élevée ce qui laisse plus de temps pour corriger les mauvaises courses ou placements, les détails auxquels on ne pense pas forcément. J'essaie d'amener des choses qu'on n'a pas forcément au niveau provincial."
Pourtant, s'il donne des conseils, s'il prend plaisir à guider ses équipiers, à aider le staff quand celui-ci en a besoin, pas certain qu'Anthony Sadin intégrera un staff après sa carrière. "Ça pourrait me plaire mais le problème c'est que ça vous oblige à toujours avoir ce rythme de vie loin de la maison. C'est impactant, ça demande du temps et puis aujourd'hui, je trouve que les entraîneurs de gardiens dans les staffs sont prêts à accepter tout et n'importe quoi pour au final n'avoir un impact minime sur les prestations des gardiens. Malheureusement, j'ai l'impression que n'importe qui peut devenir entraîneur des gardiens et qu'au final ça se ressent sur le niveau des gardiens que je trouve catastrophique au niveau professionnel en Belgique. Je n'ai pas trop envie de me prendre la tête avec tout ça pour le moment. Je me dis que tant que je peux jouer, je jouerai et puis je verrai en fonction des enfants où sont les priorités lorsque j'aurai raccroché les crampons."