Un projet de moteur belge en F1 : "Nous mettrons tout en œuvre pour rencontrer le succès"
Le groupe industriel Dumarey a racheté les actifs d'Alpine Racing à Viry-Châtillon, l'usine des moteurs Renault champions du monde en F1. Rencontre avec le PDG et gentleman driver, Guido.

- Publié le 24-10-2026 à 13h59

La Belgique est une nation influente des sports mécaniques. Ses sujets sont impliqués à tous les niveaux de pouvoir, tandis que les succès en rallye et en courses d'endurance sont légion. Demandez plutôt à Thierry Neuville, aux frères Vanthoor ou encore à l'équipe WRT le nombre de trophées amassés ces dernières années.
Il ne manque plus qu'un pilote en Formule 1 pour que le tableau soit complet. Avec des prodiges comme Dries Van Langendonck, Thibaut Ramaekers ou Ean Eyckmans, on peut heureusement dormir tranquille.
Pourtant, notre Royaume pourrait faire un retour fracassant dans le "Circus" d'ici à quelques années, dans une branche inattendue : celle de motoriste en F1. Voué à la fermeture, le site historique d'Alpine Racing à Viry-Châtillon a été sauvé en étant racheté par un groupe industriel noir-jaune-rouge, Dumarey en l'occurrence. Si vous êtes un adepte du Belcar ou des courses sur la boucle nord du Nürburgring, ce nom vous parlera inévitablement.
Derrière Dumarey Group, on retrouve Guido Dumarey. Né en 1959, cet Ostendais a l'automobile chevillée au corps, et son groupe est actif dans le milieu. "Nous sommes effectivement actifs dans le secteur automobile pour tout ce qui touche au développement, nous a expliqué Guido. Nous sommes présents dans la recherche et le développement, notamment pour les moteurs diesel. Le fameux moteur Duramax porte notre signature, entre autres. Nous avons également une implication dans la création de softwares et dans la gestion de voitures autonomes. Nous transformons également des voitures en limousines ainsi qu'en véhicules d'intervention. Au final, nous faisons beaucoup de choses".

Le patriarche d'une famille bien présente dans le sport automobile du nord de notre pays vient dès lors de mettre la main sur un joyau de la F1 qu'est Viry-Châtillon. Un site qui existe depuis les années 70, qui a vu naître le premier moteur turbo du championnat, et qui a propulsé des champions comme Mansell, Prost, Schumacher, Alonso ou encore Vettel vers les titres mondiaux.
Un diamant à polir
Guido Dumarey met donc la main sur le site, l'équipement et surtout l'intégralité du personnel stationné en Essonne. Et il compte en faire bon usage. "Actuellement, il y a cinq motoristes en Formule 1 : Mercedes, Ferrari, Red Bull-Ford, Honda et Audi. Et je pense qu'il y a de la demande pour un sixième. C'est pour cela que j'ambitionne d'amener Dumarey en F1 comme fournisseur moteur à l'horizon 2029. Bien entendu, nous ne sommes qu'aux prémices de ce projet, et beaucoup de choses restent à définir."
Il convient de préciser que Dumarey n'acquiert pas l'équipe Alpine F1 basée à Enstone, en Angleterre, et qui est propulsée par Mercedes. Même si Renault en reste le propriétaire. Avant l'annonce de la fin du programme moteur F1 à Viry, le losange planchait sur un groupe propulseur valable pour la réglementation actuelle. Et si le nouveau maître des lieux le dépoussiérait ? "Le moteur Renault 2026 était achevé à 60 %. On réfléchit si on partira de cette base pour 2029, ou si on reprendra de zéro. En tout cas, nous plancherons sur la conception d'un V8. Ce changement de règlement devrait intervenir pour 2031, au plus tôt, et laisser plus de place au thermique et moins à l'électrification."
Le sport auto est dans notre ADN.
L'arrêt du programme moteur Renault a entraîné un départ et une réorientation d'une partie du personnel. Dumarey sait qu'il devra s'employer à enrôler les troupes nécessaires. "Nous ferons tout ce qui est nécessaire pour que ça fonctionne. Heureusement, les personnes clés à Viry sont toujours là". Par ailleurs, Viry-Châtillon ne fait pas que la F1. L'usine a aussi une implication en WEC avec Alpine, et en rallye-raid avec Dacia. Des programmes que Dumarey entend ne pas laisser tomber. "Nous aimerions que ça continue, mais il faut des budgets pour cela. Nous sommes en discussion avec plusieurs constructeurs pour reprendre les programmes, et s'engager sur du long terme avec nous", insiste Guido Dumarey.

S'offrir un morceau de l'histoire de la F1 est donc un rêve pour Guido, lui-même pilote amateur avec ses enfants Maxime et Guillaume qu'on retrouve aujourd'hui aux 24 H du Nürburgring. "Le sport auto est dans notre ADN. Mais j'insiste sur le fait que le projet à Viry ne concerne en aucun cas mes fils. Les affaires professionnelles et les hobbys familiaux sont clairement séparés."
Si beaucoup ont encore en mémoire l'épopée Gillet, la Belgique revient en force dans le monde automobile avec le rachat de KTM X-Bow par les de Mévius, puis celui d'Alpine à Viry par Dumarey. Et on ne peut que s'en féliciter.