Le coût de votre facture d'énergie devrait repartir à la hausse dans les prochaines semaines : "Je n'imagine pas que les prix puissent baisser"
La hausse des prix qu'on observe ces dernières semaines n'est pas terminée, selon Damien Ernst.

- Publié le 21-08-2023 à 06h29

La crise de l'énergie, dans sa phase la plus forte, est terminée depuis le printemps. On est revenu à un niveau de prix acceptable sur les marchés de l'énergie après des pics vertigineux, il y a un an presque jour pour jour, et une descente très lente. Mais cela ne veut pas dire que la situation est revenue à la normale. Pour rappel, le mégawattheure se négociait autour de 15€ il y a deux ans, contre plus de 300€ il y a un an, et 35 à 40€ aujourd'hui. En juin et en juillet, on était descendu jusqu'à 23€ du mégawattheure, mais le marché reste sensible et peut réagir au moindre mouvement, notamment sur le front de la guerre en Ukraine.
La question est aujourd'hui de savoir de quoi sera faite la suite des événements. "Plusieurs scénarios sont sur la table, mais aucun n'évoque une nouvelle baisse des prix, prévient Damien Ernst, professeur à l'Université de Liège. Les prévisions pour les mois d'hiver tournent autour de 50 à 60€ du mégawattheure, ce qui reste assez cher. Pour un ménage qui a une consommation dans la moyenne belge, on est sur une augmentation de plus ou moins 1000€ par rapport à 2021. On ne peut donc pas dire que la situation est revenue à la normale, cela reste un poste significatif dans le budget des ménages."
Mais pourquoi doit-on attendre de nouvelles hausses des prix, alors que les marchés se sont clôturés vendredi à 36€ du mégawattheure ? "En ce qui concerne la hausse récente, on parle de la crainte de perdre les dernières importations de gaz russe en Europe. Ensuite, il y a sur le marché du LNG une grève qui touche l'Australie. Ce pays représente 10 % du marché total, et une grève prolongée peut contribuer à une forte hausse des prix. C'est notamment pour ces raisons qu'on n'attend pas de diminution des prix à court terme, détaille-t-il. Pour l'hiver, on va assister à une hausse pour deux raisons. D'une part, les stocks stratégiques des pays européens sont actuellement pleins. Dès que la température va baisser et que les jours seront plus courts – car le prix de l'électricité est aussi défini par le marché du gaz – la consommation va augmenter. Il faudra alors répondre aux besoins des consommateurs et alimenter les réserves stratégiques."
Voilà ce qui explique ces prévisions autour de 55 à 60€ du mégawattheure pour les mois les plus froids de l'année. "On restera autour de ces prix-là si rien ne se passe sur le front russe, si les grèves australiennes se terminent vite et qu'on n'assiste pas à des attaques sur les gazoducs européens. Comme je le répète souvent, la situation ne tient qu'à un fil et une forte hausse n'est jamais à exclure. Par contre, je n'imagine pas que les prix puissent baisser dans les prochains mois", regrette-t-il.
Selon lui, la seule chose qui pourrait faire baisser les prix, c'est… une crise économique majeure. "Une grande récession pourrait faire baisser les prix, mais ce ne serait pas une bonne nouvelle car cela serait dû à une baisse importante de la demande."