À l'Ancienne avec Xavier Chen : "Je ne parle pas le Peter Maes, mais il n'y en a pas beaucoup qui le parlent"
L'ancien Malinois revient sur sa carrière marquée aussi par son aventure en Chine.

- Publié le 15-02-2025 à 14h09

Formé à Anderlecht, Xavier Chen a débuté en pro à Courtrai (2003 à 2007) avant de rejoindre Malines qu'il a quitté en 2013 pour la Chine et Guizhou Renhe avant d'y revenir en 2015 pour deux ultimes saisons. L'ancien défenseur, également international taïwanais, a revisité sa carrière dans notre podcast À l'Ancienne.
Xavier, quel est le joueur le plus fort que vous avez affronté ?
"J'en ai affronté des très forts. Mais Ronaldinho, en Chine, c'était absolument incroyable. Plus pour son aura que sa performance. Ses prises de balles…"
Le joueur le plus fort avec lequel vous avez joué ?
"Julien Gorius est un ami qui a marqué ma carrière et qui a été très souvent déterminant avec Malines. Mais il y a quand même Misimovic, champion avec Wolfsbourg, avec qui j'ai joué en Chine. Quand on le voit, un peu en surpoids, il n'avance pas. Mais il a une qualité de passe totalement incroyable. C'est ça aussi le plus beau : avoir des joueurs qui n'en ont pas l'air et qui sont juste super forts. Il avait aussi ce côté un peu sorteur, capable de péter des plombs de temps en temps."
Le joueur le plus méchant que vous avez croisé ?
"À Louvain, il y avait un attaquant, Bjorn Ruytinx. Pourtant, en tant que défenseur, ce n'est pas nous qui sommes les plus confrontés à des joueurs méchants mais plus les attaquants qui sont confrontés à des défenseurs rugueux. Lui avait un côté crapuleux et s'il avait été amené à jouer avec le VAR, à mon avis, il aurait beaucoup souffert."
Avec Gorius, on traînait tellement la patte qu'on se prenait toutes les racines d'arbres.
Le plus drôle ?
"Parfois, on est drôle à son insu, involontairement et il y en a eu quand même pas mal. Mais avec Julien Gorius, on a le même humour. Avec Olivier Renard, Jean-François Gillet et Anthony Moris aussi. Je dirais quand même Olivier Renard et Julien Gorius, mais maintenant qu'ils sont directeurs sportifs, ils sont un peu moins marrants (rires). Avec Julien, lors du traditionnel décrassage du dimanche matin qu'on faisait toujours dans le même parc à Malines, comme on était un peu fainéant, on traînait tellement la patte qu'on se prenait toutes les racines d'arbres. Un grand moment."

Quel est le joueur que vous avez perdu de vue et que vous aimeriez revoir ?
"Vincent Kompany que je n'ai pas côtoyé longtemps à Anderlecht comme il était peut-être deux ou trois générations en dessous de moi. On était ensemble un an en réserve. De par son parcours, son aura, son charisme, j'aimerais bien le revoir et discuter. Pour sentir son vécu."
Quel est le joueur que vous détestiez affronter ?
"N'importe quel latéral dira un dribbleur rapide. Je détestais jouer contre Boussoufa et Jovanovic."

Quelle est la plus grosse engueulade à laquelle vous avez assisté dans un vestiaire ?
"Avec Peter Maes, il y a eu des gueulantes folles. Dans le vestiaire et sur le terrain. Il est très expressif, très colérique. Il y a eu des pétages de plomb. Mais tout le monde s'écrasait."
Quelle est l'équipe la plus forte dans laquelle vous avez joué ?
"Les meilleures saisons restent en 2011 et 2012 sous Marc Brys. Mais l'équipe la plus forte niveau potentiel, c'était quand on a joué la finale de Coupe en 2009 : Olivier Renard dans les buts, Julien Gorius, Joachim Mununga, Wouter Vrancken, Björn Vleminckx."
Van Haezebrouck était en avance sur son temps.
Quel est l'entraîneur qui vous a le plus marqué ?
"Marc Brys est celui qui m'a le plus poussé dans mes derniers retranchements. Il avait ce caractère qui me manquait. C'est avec lui que j'ai joué mes meilleures saisons. Mais il y a aussi Hein Vanhaezebrouck que j'ai côtoyé à Courtrai en D2, qui était un tout jeune entraîneur. Il n'y a rien à faire, on décèle tout de suite quand un jeune entraîneur va devenir un bon entraîneur. Et lui, c'était tactiquement déjà bien au-dessus du lot et en avance sur son temps."

Est-ce qu'il y a une consigne d'entraîneur que vous n'avez jamais comprise ?
"Je me souviens d'un match où Peter Maes me tape une gueulante le long de la ligne. Avec l'atmosphère du stade, on n'entend rien. Il me sort une phrase moitié française, moitié néerlandaise qui ne veut rien dire. Et je ne comprends pas. Je lui demande de répéter. Mais je ne comprends toujours pas. Je parle français, je parle néerlandais. Mais cette langue-là, non, je ne la parle pas. Je dis oui. Mais je n'ai rien compris. Et comme je ne suivais sans doute pas son instruction, je pensais qu'il allait me le dire une troisième fois et que j'allais essayer de comprendre. Parfois, il partait dans des trucs, des colères. Et là, il mélangeait toutes les langues. Et puis, ça ne voulait plus rien dire. Je ne parle pas le Peter Maes, mais il n'y en a pas beaucoup qui le parlent (rires)."
Quelle défaite a-t-elle la plus douloureuse ?
"La finale de Coupe contre Genk en 2009. On ne fait pas un mauvais match mais on l'aborde en victime consentante. C'est notre deuxième saison en D1. On est déjà content d'être là, moi le premier. Il y a un manque de révolte et de volonté de vraiment gagner. Genk est beaucoup plus fort à ce moment-là. C'est un regret."

Quelle a été votre plus belle victoire ?
"Toujours en Coupe mais en Chine. Ici, ça ne représente rien. Je n'ai pas un palmarès incroyable et c'est la seule chose que j'ai gagnée. À l'époque, en Chine, c'est un petit événement parce qu'on joue contre le Guangzhou Evergrande de Lippi. La grosse équipe là-bas. On part avec le statut d'underdog. Et sur deux matchs, on arrive à gagner. J'en suis fier. J'ai gardé la médaille. On recevait une veste dorée. Il y avait tout un cérémonial aussi."
Quel a été votre plus mauvais match ?
"C'est difficile. Parce qu'il y en a eu tellement (rires). Je me souviens d'un match cauchemardesque pour moi à Anderlecht. Face à Matias Suarez au top de sa forme, en état de grâce. Où là, je prends l'eau de toutes parts. Je commence le match de manière catastrophique avec une perte de balle qui amène un but. Vraiment. Je suis reconnaissant envers Marc Brys qui ne me change pas directement alors que tout justifie qu'il le fasse en cours de match ou du moins à la mi-temps. Et il ne le fait pas. Je reviens un peu dans le match. Mais ça a été une première mi-temps catastrophique qui m'a marqué."
Quel est le moment où vous vous êtes senti le plus seul ?
"Il y a quand même eu des moments de solitude en Chine même si cela reste une expérience absolument incroyable. À l'époque, je vis à l'hôtel dans une ville pas très développée ou adaptée aux étrangers. Ma compagne vient, mais ne tient pas non plus. Je vis dans ma chambre d'hôtel. C'est un choix mais il y a des moments de solitude quand même."

Quelle est la plus belle ambiance que vous avez connue ?
"Les grands matchs à Malines, c'était quand même une très, très grosse ambiance. Ou à Pékin dans des stades énormes. En sélection, j'ai joué avec Taïwan à Bangkok. Il y avait un côté très exotique avec une tout autre approche et des réactions sur des ballons qui sortent, des frappes ratées, des actions qui passent inaperçues en Europe et qui, là, suscitent des réactions plus expressives. Ce qui donne une certaine ambiance."
C'était la plus belle prime de ma vie.
Quelle est la chose la plus folle que vous avez vécue ?
"En Chine, il y a eu quand même pas mal de choses assez folles. Lors de cette finale de Coupe, après notre victoire 2-0 chez nous à l'aller qui est déjà un exploit, on fête cela avec l'équipe, le président, la présidente, les amis du président. Grand dîner. Déjà, opulence totale. Caviar, crabes. Enfin, vraiment des king crabes énormes sur la table. Il y a déjà une sorte de démesure à ce moment-là. Une prime est prévue en cas de victoire. Le président se lève et nous dit : 'On vous rappelle qu'il y a cette prime-là qui est déjà énorme.' Et il y a un ami à lui, on ne sait pas qui c'est, qui est certainement tout aussi fortuné que lui, qui se lève et dans un excès de zèle dit : 'Moi, je rajoute ça !' Et tout le monde explose. Des trucs qui n'arriveraient pas en Europe. C'est fou parce que tu te demandes pourquoi. Personne n'a jamais rien demandé, mais il rajoute ça. Une générosité incroyable aussi. Et on l'a touchée cette prime. Parce que finalement, on l'a gagnée cette Coupe. Donc, c'était la plus belle prime de ma vie."
Quel est le transfert qui aurait pu se faire et qui ne s'est pas fait ?
"J'ai eu des discussions quand même assez avancées avec Bruges. Finalement, ça ne se fait pas, parce que Malines, en parallèle, me fait une nouvelle offre avec un contrat de 5 ans. Et je choisis un peu le confort. C'est un petit regret de ne pas avoir tenté le truc. Parce que j'ai parfois la fâcheuse tendance à choisir le confort et ce qui est acquis, plutôt que de sauter dans l'inconnu pour essayer de faire une carrière peut-être plus belle."
