Tessa Wullaert : "Je suis également une femme d'affaires"
Tessa Wullaert va entamer l'Euro pour la première fois avec le brassard au bras. Un rôle de plus dans une vie déjà bien chargée.

- Publié le 09-07-2022 à 09h39
- Mis à jour le 09-07-2022 à 18h51

Ce dimanche lors de l'entrée de la Belgique sur le terrain de l'Academy Stadium de Manchester City, Tessa Wullaert emmènera les Red Flames face à l'Islande. Brassard de capitaine bien accroché sur le bras depuis qu'elle a succédé à Aline Zeler, la native de Tielt sera la leader belge sur le terrain. Comme à chaque fois, on a envie de dire. Personnalité marquante tant en dehors que sur le terrain, "TW" ne laisse personne indifférent. Libérée d'une éventuelle pression liée à une envie de transfert après deux saisons tonitruantes à Anderlecht, son arrivée à Sittard ayant été officialisée fin mai, la joueuse de 29 ans a pour mission de réussir son Euro. Celui des Belges aussi. Et de marquer encore plus l'histoire des Red Flames.
La capitaine :"Terminer ma carrière avec au moins 100 buts"
Internationale depuis 11 ans, Wullaert a récupéré le brassard de capitaine le 1er juin 2019 lors d'un Belgique - Thailande (6-1). Ce jour-là, Zeler rangea définitivement ses crampons en sortant à la 29e minute adoubant dans la foulée sa jeune équipière dans le rôle de capitaine. Vingt-sept matchs plus tard, Wullaert a pris encore plus d'ampleur dans le vestiaire. "Sur le terrain, le fait d'être capitaine n'a pas changé ma manière d'aborder les matchs ou ma manière de jouer, confie Wullaert. Mais en dehors, dans la préparation d'un match, il faut davantage faire attention au groupe, il faut parler avec les joueuses, voir si elles sont installées confortablement, faire en sorte qu'elles soient en confiance. Mais pour ça, on est trois avec Janice (NdlR : Cayman, recordwoman de caps avec 126 apparitions) et Julie (NdlR : Biesmans, 92 caps). Moi, c'est plus sur le terrain. Je vais commenter leur placement, les conseiller sur la meilleure façon de bouger ou jouer. Je sais que les joueuses m'écoutent et enregistrent ce que je dis. Je parle peut-être un peu moins en dehors des pelouses mais pour moi, le terrain, la prestation, la mentalité et la confiance, c'est ce qui compte. Avant un match, je réfléchis toujours à ce que je vais dire mais je ne suis pas quelqu'un qui va sortir un long discours. Je m'adapte à chaque événement. À l'Euro, je n'ai pas d'objectifs individuels précis. Être dans l'équipe-type par exemple sera difficile parce que ce sont souvent les joueuses qui sont dans le dernier carré qui sont reprises. On doit être réalistes aussi même si notre ambition est d'atteindre le deuxième tour. Mon but sera d'assumer mes responsabilités avec des assists et des buts mais on doit d'abord penser à gagner chaque match."
Avec 109 caps au compteur, Wullaert dépassera bientôt Zeler (111) sur le podium et terminera sa carrière plus que probablement avec un nouveau record belge à la clé. Mais sur le terrain, le nombre de sélections n'a pas d'importance tant qu'elle peut se montrer décisive. "Aujourd'hui, je compte 67 buts. Mes équipières m'ont demandé quel était mon objectif. J'aimerais arriver à 100 buts en équipe nationale. Évidemment, pour y arriver, il faut être préservée des blessures mais ça peut être réaliste avec des matchs un peu plus faciles (NdlR : elle a déjà marqué deux quadruplés avec les Flames et un quintuplé, le 25 novembre lors du très large succès 19-0 contre l'Arménie)."
La personnalité :"Ceux qui me connaissent savent que je ne suis pas arrogante"
Leader technique sur le terrain, Wullaert est aussi l'une des plus grandes personnalités du foot féminin actuellement en Belgique, ne mâchant pas ses mots. Certains vont même jusqu'à dire "grande gueule" tant les discours de Tessa manient rarement la langue de bois. "Peut-être qu'on me voit comme arrogante mais cela vient surtout de gens qui ne me connaissent pas. C'est comme ça. Ceux qui me côtoient savent que je ne suis pas arrogante. Je ne vais pas utiliser de détours dans mes propos. Je ne vais pas changer. Dans le vestiaire, ça ne pose pas de souci. Ce que je dis, c'est en tout cas toujours pour nous améliorer et pour faire gagner. C'est donc vraiment dans l'intérêt de l'équipe. Et puis, ça fait plus de 10 ans que je suis en équipe nationale, on me connaît, je connais mon équipe. Ça ne pose pas de problème."
L'ancienne joueuse de Manchester City :"Il n'y a pas que Kompany ou De Bruyne à City"
Dimanche, lors de l'entrée en lice dans le tournoi, elle fera son grand retour à Manchester City. Contre l'Islande, elle espère que le stade qu'elle a connu pendant deux saisons (2018-2020) leur portera chance. "Ça va être cool de retourner là-bas. Déjà quand nous avons joué contre l'Angleterre le 16 juin dernier à Wolverhampton, j'avais déjà pu revoir des supporters de City. Ils ont crié mon nom et j'ai reçu des messages des supporters qui étaient impatients de me revoir. C'est cool. Ils ont toujours été gentils avec moi, il y a toujours eu une bonne connexion. Il n'y a donc pas que Kompany et De Bruyne qui ont marqué City (rires)."
La nouvelle joueuse de Sittard :"On a besoin de tels projets en Belgique"
Wullaert jouera la saison prochaine à Sittard. Si des rumeurs l'envoyaient rejoindre l'Espagne, elle a plutôt choisi nos voisins du nord avec une équipe dames qui débarque en Azerion Vrouwen Eredivisie. "C'est une nouvelle aventure, une nouvelle ambition avec une nouvelle équipe. Je suis impatiente. Les gens ont peut-être été surpris de la destination mais la balance devait être en équilibre. Les critères sportifs, salariaux et privés devaient être comblés. Je n'aime pas être seule à l'étranger et à Sittard, c'est un ensemble que j'ai choisi. Je gagne plus que ce que j'aurais pu avoir en Espagne. Pourquoi donc tout lâcher pour le sud de l'Europe ? C'est vrai, il y a le soleil, c'est une bonne compétition. Ça peut toujours être envisagé plus tard."
Fortuna Sittard intrigue en tout cas. L'équipe dames, fraîchement créée pour la D1 néerlandaise reçoit le gros soutien de sponsors (on parle d'un million d'euros). Loin de ce qu'on peut retrouver en Belgique. "On a besoin de personnes comme à Sittard pour investir. C'est dommage de ne pas avoir ça en Belgique. On continue à faire du surplace. La solution doit venir de la Pro League pour inciter chaque club pro à investir dans une équipe féminine."
Après deux saisons extraordinaires à Anderlecht, Wullaert rejoindra Sittard avec la réputation d'une serial buteuse et d'une joueuse aux nombreux trophées aussi collectifs. La capitaine des Flames a l'habitude de terminer ses saisons avec au moins un trophée en club. "Mon job, c'est de marquer et de délivrer des assists. Mais à choisir, je préfère être championne des Pays-Bas. Ça ne sera pas simple car le championnat est beaucoup plus relevé avec Twente, PSV, Ajax… Ça va être cool."
La businesswoman/l'ambassadrice :"J'ai une voix et je l'utilise"
Que ce soit avec les Flames ou avec Anderlecht, Wullaert est aussi la championne de l'applaudimètre et celle qui est la plus demandée pour les selfies. Un statut de star dont les marques ont bien conscience. Wullaert n'est d'ailleurs pas qu'une joueuse de foot, c'est aussi une ambassadrice (notamment des Special Olympics) et une businesswoman dont le compte Instagram est régulièrement mis à jour. "Je ne sais pas si on peut dire que je suis une influenceuse mais en tout cas, ce n'est pas mon job premier même si c'est cool ce qui en découle, sourit-elle. Les Special Olympics, c'est sentimental. Nous sommes une famille d'accueil et j'ai un frère qui évolue dans un tel club. Pour moi, les soutenir, c'est très important. Mais je dois dire non parfois à certaines sollicitations. Parce que je n'ai pas le temps ou parce que c'est trop loin. Je ne veux pas m'engager si je n'ai pas le temps de faire la promotion. J'aime être ambassadrice, cela montre le bon côté du foot féminin. On peut aussi dire que je suis une femme d'affaires mais j'aime ce que je fais. Je ne suis pas faite pour avoir un chef au-dessus de moi qui va m'imposer des horaires (rires). Je prépare mon après-carrière aussi (NdlR : elle est en train de passer l'UEFA A) mais je me vois plus comme manager ou dans le développement du foot féminin (NdlR : comme avec GRL PWR). Moins comme coach. J'ai beaucoup d'expérience, j'ai une voix et je l'utilise. C'est bien pour faire bouger les choses."
La styliste pour chien :"Être raccord avec Jean-Marie"
Récemment, elle a développé, en partenariat avec une boîte, des vêtements pour chien dont elle fait la promotion avec son chien Jean-Marie, devenu lui aussi une petite star des réseaux sociaux. "On a pensé à des tenues et des bandanas pour l'Euro. Et puis comme ça, quand je vais assister aux matchs de mon copain, je prends le chien et on est raccord. Il met son t-shirt et moi la casquette (rires). C'est amusant."
La femme :"J'attends la demande en mariage"
Très occupée tant sur le terrain qu'en dehors, Wullaert essaie tout de même de trouver du temps libre. "Mais c'est rare, même chez moi, je regarde toujours ce qu'il y a dans mon agenda. Mais quand je promène mon chien, c'est déjà du temps pour moi et on va se promener souvent. Je regarde les autres aussi, c'est relaxant. J'ai rarement des journées à ne rien faire. Parfois, ça me manque. C'est aussi ce qui m'a poussée à partir aux Pays-Bas. J'aurai plus de temps pour ne penser qu'au foot, à GRL PWR et j'aurai des plages pour me relaxer."
À côté des terrains, elle vit le parfait amour avec Mathias Deveugele, un amour qui l'a d'ailleurs poussée à revenir en Belgique il y a deux ans. "Maintenant, j'attends la demande en mariage, rigole-t-elle. Je ne lui mets pas la pression. Ça fait sept ans qu'on est ensemble. Je pense qu'on peut passer un cap."
