Les questions de l'année sportive 2023 (4/7) : une saison préolympique qui ne manque pas d'enjeu
D'Istanbul à Budapest, en passant par… Bruxelles, petit tour d'horizon, en dix questions, de ce qui attend les meilleurs athlètes au monde.
- Publié le 05-01-2023 à 07h59
- Mis à jour le 05-01-2023 à 10h25

1. Nafi Thiam va-t-elle remporter un troisième titre mondial ? OUI
Après un été couronné de succès, la fin de l'année 2022 a été synonyme de grande remise en question pour Nafi Thiam qui a choisi de se séparer de son entraîneur historique, Roger Lespagnard, et de s'élancer sur de nouvelles bases, en compagnie de Michael Van der Plaetsen, pour préparer les deux prochaines saisons qui s'annoncent très importantes. Pour autant, notre double champion olympique, du monde et d'Europe de l'heptathlon ne repart pas d'une feuille blanche et elle pourra s'appuyer sur les solides fondations posées dans le passé et capitaliser sur ses gros points forts que constituent les sauts et les lancers. De quoi conforter la domination de Nafi, au sommet de son art, sur les épreuves combinées ? Nous le pensons, même si la Néerlandaise Anouk Vetter et surtout l'Américaine Anna Hall, ses dauphines en juillet dernier à Eugene, incarneront des menaces toujours très sérieuses. Quant au record d'Europe, il pourrait plutôt tomber à l'occasion d'un autre heptathlon, hors championnats, à condition que Nafi en ait fait une priorité dès cette année.
2. Les Belgian Cheetahs vont-elles monter sur leur premier podium à Budapest ? NON
En signant un nouveau record de Belgique (3.22.12), en août dernier, lors des championnats d'Europe de Munich, notre équipe féminine de relais 4 x 400 m, quatrième, est passée bien près de remporter la première médaille internationale de sa jeune existence. Avec ce chrono, les Belges auraient figuré sur le podium des deux dernières éditions des championnats du… monde, à Eugene (2022) et à Doha (2019), où elles furent respectivement 6e et 5e, alors que le podium olympique, en 2021, s'était, lui, gagné en 3.21.24 à Tokyo où la Belgique a terminé 7e. C'est dire si le niveau est de plus en plus élevé dans cette épreuve où les États-Unis et la Jamaïque peuvent difficilement être inquiétés et où les Pays-Bas, emmenés par une exceptionnelle Femke Bol, montent en puissance d'année en année. Certes pas impossible, un scénario favorable aux Belgian Cheetahs semble a priori avoir peu de chances de se réaliser. Et si leur tour venait plutôt en… 2024, aux JO de Paris, après une nouvelle année d'apprentissage au plus haut niveau ?

3. Cynthia Bolingo va-t-elle atteindre la finale mondiale sur 400 m ? OUI
En 2023, la poisse va définitivement lâcher les spikes de la sprinteuse bruxelloise qui va enfin pouvoir exprimer tout son talent. L'an dernier, après une revalidation express et un minimum de préparation derrière elle, Cynthia Bolingo avait déjà atteint la finale européenne, contribué à la 4e place des Belgian Cheetahs et signé un nouveau record de Belgique du 400 m à l'occasion du Mémorial Van Damme. Cette fois, avec un hiver et un printemps consistants, l'athlète de 29 ans va pouvoir enchaîner les courses et jouer sa carte, entre deux relais, aux championnats du monde de Budapest. Fin août, la vice-championne d'Europe indoor 2019 s'y montrera capable d'atteindre la finale de son épreuve de prédilection, à l'instar de la Néerlandaise Femke Bol (4e) et de la Polonaise Anna Kielbasinska (8e) l'an dernier. Et à partir de là, qui sait ce qu'il adviendra en ce mercredi 23 août…

4. Bashir Abdi va-t-il améliorer son record d'Europe du marathon ? OUI
2 h 03 min 36 s, tel est le chrono européen de référence établi par Bashir Abdi, le 24 octobre 2021, lors du marathon de Rotterdam alors déplacé à l'automne dans la foulée des Jeux olympiques. Cette marque pourra-t-elle résister à de nouveaux assauts en 2023 ? Peut-être pas ! Dès le dimanche 16 avril prochain, notre compatriote sera, par exemple, à nouveau au départ de l'épreuve néerlandaise, revenue à sa place initiale au calendrier. L'attachement du Gantois à ce marathon qu'il connaît comme sa poche, où il lui est toujours réservé un bon accueil et où ses supporters font le déplacement en nombre, n'est pas étranger à ce quatrième départ à Rotterdam. Pour peu que la météo ne joue aucun tour pendable aux participants, Bashir Abdi pourrait bien filer vers un nouveau record d'Europe, d'autant qu'il sera stimulé par la présence du Néerlandais Abdi Nageeye, autre médaillé olympique avec lequel il s'est lié d'amitié et qui incarnera peut-être cette fois le plus grand danger pour notre compatriote.

5. Les Belgian Tornados vont-ils remporter deux nouvelles médailles cette année ? OUI
Boostés par les trois médailles (une par métal) remportées au cours de la saison écoulée, les Belgian Tornados vont remettre l'ouvrage sur le métier à deux occasions cette année. Au mois de mars, tout d'abord, à Istanbul où l'équipe dirigée par Jacques Borlée va étrenner le titre mondial en salle enlevé un an plus tôt à Belgrade. On se souvient que les derniers championnats d'Europe indoor, en 2021 à Torun, n'avaient pas souri à nos compatriotes (4es) et il s'agira pour eux de retrouver le podium en Turquie lors de cette finale directe. Ils en sont tout à fait capables ! Quelques mois plus tard, on retrouvera nos relayeurs de 4 x 400 m en outdoor cette fois à l'occasion des championnats du monde de Budapest. Après être montés sur la troisième marche du podium lors des deux dernières éditions, à Doha puis à Eugene, les Belgian Tornados ne voudront pas laisser passer l'occasion de réussir la passe de trois et de réaffirmer leur statut mondial à un peu moins d'un an des Jeux olympiques de Tokyo.

6. Isaac Kimeli montera-t-il sur un nouveau podium à l'Euro de cross-country à Bruxelles ? OUI
9e en 2021, 8e en 2019, 3e en 2022 et 2e en 2018, Isaac Kimeli est un habitué des championnats d'Europe de cross-country. Le Brabançon ne rêve dès lors pas seulement d'un nouveau top 10, en décembre prochain, mais bien d'une troisième médaille individuelle lors d'un événement dont la 29e édition se tiendra en… Belgique. C'est en effet sur le parcours dessiné au parc de Laeken, célèbre théâtre d'une manche de la CrossCup, que les prétendants à la couronne européenne se retrouveront en fin d'année. On ne doute pas qu'Isaac Kimeli sera ponctuel au rendez-vous et s'y montrera à la hauteur afin d'étoffer un peu plus sa belle collection de médailles. Et si l'équipe belge signait, elle aussi, un beau résultat d'ensemble ?

7. Armand Duplantis va-t-il battre à nouveau son record du monde ? OUI
Aucun homme, depuis Serguei Bubka, n'avait plané sur le saut à la perche comme Armand Duplantis le fait depuis trois ans. Le prodige suédois est en train de redéfinir la discipline et d'établir de nouveaux standards, comme le fit l'Ukrainien en son temps. Les statistiques de Mondo, phénomène de précocité, donnent le vertige, mais pas autant que son record du monde qu'il a porté (en extérieur !) à 6,21 m lors des championnats du monde d'Eugene en 2022. À 23 ans à peine, Duplantis a encore tout l'avenir devant lui pour continuer à faire monter la barre. Et ce sera peut-être le cas dès cet hiver tant les conditions stables dans lesquelles se déroulent les compétititions en salle se prêtent à merveille à de nouveaux exploits de la part du jeune perchiste. Qui possède encore une certaine marge de progression comme en témoignent les images… aériennes de certains de ses sauts.

8. Fred Kerley va-t-il prolonger son titre mondial en finale du 100 m ? NON
Ils sont sans doute peu nombreux, dans le grand public, à pouvoir décliner l'identité des actuels champions olympique et du monde du 100 m ! Si l'Italien Marcell Jacobs a joué de malchance, la saison dernière, avec des blessures qui l'ont empêché de s'exprimer à son meilleur niveau lors des championnats du monde et de confirmer éventuellement son statut de n° 1, l'Américain Fred Kerley, vice-champion olympique en titre, a, lui, décroché cette médaille d'or à domicile qu'ils étaient nombreux à convoiter. À commencer par Marvin Bracy et Trayvon Bromell qui ont permis aux États-Unis de compléter un mémorable sweep sur la piste d'Hayward Field. Renfermé et pas très enjoué, deux traits de personnalité intimement liés à sa triste histoire personnelle, Fred Kerley gagne certainement à être connu et le petit laps de treize mois entre les deux éditions des Mondiaux (le plus petit de l'histoire) lui offre l'occasion de gagner en visibilité. La saisira-t-il ? Dans une épreuve où les cartes ont été rebattues depuis la retraite d'Usain Bolt et où tout se joue à coups de centièmes, voire de millièmes de seconde, on n'oserait pas le jurer.

9. Shelly-Ann Fraser-Pryce va-t-elle détrôner Florence Griffith-Joyner ? NON
La maternité semble avoir donné des ailes à Shelly-Ann Fraser-Pryce qui n'en finit plus d'enfiler les chronos supersoniques ! Rien que l'an dernier, sur 100 m, la sprinteuse jamaïcaine a signé sept chronos, entre 10.62 et 10.67, qui sont venus s'inscrire directement dans le top 20 des chronos les plus rapides de l'histoire et dans son top 10 personnel. Mais alors que certains lui prédisaient de peut-être battre le record du monde de Florence Griffith-Joyner (10.49), quelques mois après avoir signé un 10.60 très prometteur à Lausanne, la triple championne olympique n'a pas amélioré cette marque. Et alors qu'elle vient de célébrer ses 36 ans, elle voit aujourd'hui débouler sa compatriote Shericka Jackson parmi les très grandes sprinteuses du moment tandis qu'Elaine Thompson, deuxième sprinteuse de l'histoire (10.54) qui s'est alignée diminuée à Eugene, espère s'aligner à 100 %, cette fois, aux Mondiaux de Budapest. De quoi anéanir les rêves de record du monde de SAFP ? On peut le craindre pour elle.

10. Karsten Warholm va-t-il retrouver l'or aux Mondiaux de Budapest ? OUI
Autant la saison 2021 fut exceptionnelle pour Karsten Warholm, avec un titre olympique et un record du monde en finale du 400 m haies à Tokyo, autant l'année 2022 n'aura pas tenu ses promesses pour le Norvégien, blessé au mois de juin. S'il a gagné son contre-la-montre pour être présent à Eugene, celui qui est une des plus grandes stars du circuit n'a pu faire mieux qu'une 7e place dans l'Oregon, un résultat qui ne cadre pas avec ses ambitions. Warholm a ensuite décroché l'or européen, à Munich, avec un chrono de 47.12 qui rentre tout juste dans son top 10 personnel, mais il lui reste bien sûr un goût d'inachevé à l'issue de cette saison. Dès lors, il sera habité par l'idée de remettre les pendules à l'heure, au moment d'entamer son année 2023, et endossera une nouvelle fois le rôle de favori, au mois d'août, à Budapest.
